Vous prévoyez d’emporter votre drone en Corse pour capturer ces calanques, ces plages de sable blanc et ces gorges spectaculaires ? Bonne idée — à condition de savoir précisément où vous avez le droit de faire voler votre appareil. En Corse, la réglementation est particulièrement stricte, et les gendarmes ne plaisantent pas avec les infractions dans les zones protégées.
Ce guide pratique vous donne toutes les règles en vigueur en 2026, les zones interdites à connaître, les démarches obligatoires avant de partir, et les risques réels si vous ne les respectez pas.
📋 Les règles de base qui s’appliquent partout en Corse
Avant même d’aborder les spécificités corses, rappelons le cadre légal français qui s’applique sur toute l’île :
Ce que dit la réglementation DGAC 2026
- Altitude maximale : 120 mètres au-dessus du sol (hors dérogation)
- Vol de nuit : interdit sans autorisation préfectorale
- Survol de personnes : interdit sans consentement exprès
- Distance d’un aérodrome : vol interdit dans la CTR (zone de contrôle) sans autorisation ATC. Pour la Corse, cela concerne Ajaccio-Napoléon Bonaparte (AJA), Bastia-Poretta (BIA), Calvi-Sainte-Catherine (CLY) et Figari-Sud Corse (FSC).
- Zones militaires : vol strictement interdit autour de la base aérienne 126 de Solenzara et des installations militaires d’Ajaccio.
Enregistrement obligatoire
Depuis le 1er janvier 2021, tout drone de plus de 250 g doit être enregistré sur la plateforme AlphaTango (alphatango.aviation-civile.gouv.fr) :
- Créez votre compte opérateur DGAC (gratuit)
- Enregistrez votre appareil (numéro de série requis)
- Apposez le numéro alphanumériqu généré sur votre drone
- Passez la formation en ligne obligatoire pour la catégorie ouverte A1/A3 (gratuite, ~20 min)
Pour les drones certifiés C1 (DJI Air 3, Mavic 3…) et supérieurs, une attestation de réussite à l’examen théorique DGAC est requise. Cet examen se passe en ligne sur AlphaTango.
Bon à savoir : Les drones de moins de 250 g comme le DJI Mini 2 SE ou le DJI Mini 3 sont dispensés d’enregistrement et de formation, mais restent soumis aux restrictions de zones.
🌿 Le Parc Naturel Régional de Corse : zone rouge pour les drones

C’est la contrainte majeure en Corse. Le Parc Naturel Régional de Corse (PNRC) couvre environ 51 % de la superficie de l’île, soit 440 200 hectares incluant la quasi-totalité de l’intérieur montagneux.
Zones du PNRC où les drones sont interdits
Le survol par aéronef télépiloté (drone) est interdit dans l’ensemble du PNRC sans dérogation préfectorale, ce qui inclut notamment :
- Gorges de Spelunca (Porto) — l’un des spots photo les plus convoités
- Forêt de Vizzavona — étape centrale du GR20
- Lac de Nino et plateau du Camputile
- Restonica (gorges et lac de Melo / Capitello)
- Réserve naturelle de Scandola — site UNESCO, survol totalement interdit
- Aiguilles de Bavella (massif de Bavella / Monte Incudine, microrégion Alta Rocca)
- Calanques de Piana — classées UNESCO, survol interdit
La plupart des spots “carte postale” de Corse sont donc dans le PNRC ou adjacents à des zones protégées. Si vous avez vu une vidéo drone spectaculaire des calanques de Piana sur YouTube, elle a été très probablement tournée illégalement, ou avec une dérogation exceptionnelle.
Comment obtenir une dérogation ?
Théoriquement, vous pouvez demander une autorisation préfectorale pour voler dans le PNRC. En pratique :
- Les délais sont de 4 à 8 semaines minimum
- Les autorisations sont réservées aux professionnels (productions audiovisuelles, recherche scientifique)
- Les particuliers sont quasi-systématiquement refusés
🏖️ Les plages : attention aux arrêtés estivaux

En dehors du PNRC, de nombreuses plages corses sont soumises à des arrêtés municipaux ou préfectoraux interdisant les drones en période estivale (juin à septembre).
Les communes les plus strictes incluent Porto-Vecchio, Bonifacio, Ajaccio et L’Île-Rousse, qui renouvellent chaque été des arrêtés anti-drone sur leurs plages fréquentées.
Ce qui reste possible hors saison (octobre à mai) et hors zones protégées :
- Plages du Cap Corse (nord de Bastia), hors PNRC
- Plages de la plaine orientale (Moriani-Plage, Ghisonaccia)
- Côte nord-est de la Haute-Corse, secteurs non classés
💡 Conseil pratique : Consultez toujours la mairie locale ou la gendarmerie avant de sortir votre drone sur une plage en saison. Un simple appel téléphonique évite une amende de plusieurs centaines d’euros.
✈️ Zones aéroportuaires : les CTR à respecter absolument
La Corse compte 4 aéroports commerciaux dont les zones de contrôle (CTR) sont interdites au vol de drone sans autorisation ATC :
| Aéroport | Code | Rayon approximatif CTR |
|---|---|---|
| Ajaccio | AJA | polygone ~33 km × 37 km (AIP SIA officiel) |
| Bastia-Poretta | BIA | arc de 9 NM ≈ 16,7 km (AIP SIA officiel) |
| Calvi | CLY | arc externe de 9 NM ≈ 16,7 km (AIP SIA officiel) |
| Figari | FSC | polygone ~42 km × 37 km (AIP SIA officiel) |
Figari dessert Porto-Vecchio et Bonifacio. Si vous séjournez dans cette zone populaire, sachez que la CTR couvre une grande partie de l’arrière-pays.
📱 Outils pour vérifier les zones avant de décoller
Ne décollez jamais sans avoir vérifié les zones autorisées. Voici les outils recommandés :
1. Géoportail DGAC (officiel) Disponible sur geoportail.gouv.fr — couche “Zones de vol drones”. Affiche les CTR, les zones PNRC et les espaces à autorisation requise.
2. Application mobile Géoportail Version mobile du service officiel, idéale sur le terrain pour vérifier en temps réel avant un vol.
3. Drone Assist France App communautaire avec mise à jour fréquente des arrêtés locaux. Utile en complément de l’outil officiel, mais n’a pas valeur légale.
⚖️ Les risques réels : amendes et poursuites
La Corse n’est pas un angle mort de la réglementation. La gendarmerie de montagne et les gardes du PNRC patrouillent activement dans les zones sensibles en été.
| Infraction | Sanction maximale |
|---|---|
| Défaut d’enregistrement (drone >250g) | jusqu’à 750 € (amende administrative) |
| Survol PNRC sans autorisation | 1 500 € (contravention) + saisie du drone |
| Vol en CTR sans autorisation ATC | 75 000 € + 1 an de prison |
| Survol de personnes | 75 000 € + 1 an de prison |
| Vol de nuit non autorisé | 1 500 € |
| Non-respect arrêté municipal | 135 € à 1 500 € |
Note : Les vidéos publiées sur les réseaux sociaux avec localisation géographique ont déjà servi de preuve pour des poursuites. Réfléchissez à deux fois avant de partager une vidéo drone dans le PNRC.
🗺️ Où peut-on voler légalement en Corse ?
Malgré toutes ces restrictions, il reste des zones où un vol légal et éthique est possible :
Zones potentiellement autorisées (sous réserve de vérification)
- Cap Corse (nord de Bastia) — hors PNRC pour les parties côtières basses, mais vérifiez les arrêtés communaux
- Plaine orientale — entre Bastia et Solenzara, zones agricoles non protégées (hors CTR de Bastia)
- Secteur Balagne côtier — entre L’Île-Rousse et Calvi, hors CTR de Calvi, hors plages en été
- Villages de l’intérieur côté est — Cervione et communes côtières non PNRC (Ghisoni est dans le PNRC — à éviter)
Dans tous les cas, vérifiez sur Géoportail avant chaque vol. La carte du PNRC est complexe et les limites ne sont pas toujours évidentes sur le terrain.
🎒 Ce qu’il faut emporter et préparer
Si vous tenez à amener votre drone en Corse :
Avant le départ :
- Enregistrement AlphaTango à jour (drone >250g)
- Formation en ligne DGAC passée (certificat sur l’application)
- Assurance RC aérienne souscrite (obligatoire pour les drones >250g)
- Application Géoportail installée et testée
Sur place :
- Vérifier les zones le matin avant chaque vol
- Avoir le numéro alphanumériqu visible sur le drone
- Carte d’identité + preuve d’enregistrement DGAC
- Numéro de la gendarmerie locale (en cas de question)
À éviter absolument :
- Décoller depuis un parking de plage bondé sans vérification
- Suivre des randonneurs sur le GR20 avec un drone
- Filmer la réserve de Scandola depuis la mer (même en bateau, l’espace aérien est protégé)
- Ignorer les panneaux “Espace aérien réglementé” à l’entrée des sites naturels
En résumé, la Corse offre des paysages parmi les plus beaux de la Méditerranée, mais elle est aussi l’une des destinations les plus réglementées pour les drones en France. Le parc naturel, les zones militaires, les CTR aéroportuaires et les arrêtés estivaux limitent considérablement les possibilités. Préparez votre voyage à l’avance, vérifiez les zones carte par carte, et envisagez de vous concentrer sur la photographie terrestre dans les sites les plus emblématiques — vous reviendrez avec de belles images sans risquer de lourdes amendes.